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Les Gorges de la Jonte en juillet 2003

Un retour au pays des planeurs après un premier séjour en août 2002. Un gîte rural à La Caze, en bordure de la Jonte, au beau milieu des Gorges. Les dortoir de Vautours fauves en falaise rocheuse du Causse Méjean et en falaise arborée du Causse Noir. Nid de Vautour fauve en falaise. Randonnée sur le Sentier des corniches ; le balcon des vertiges et les vautours en plein ciel. Rencontre avec un Vautour moine.

Cliquez ici pour voir la carte de la région des gorgesCliquez sur cette carte de France pour découvrir la Lozère (le petit point jaune) et ses alentours avant que je vous raconte mes séjours en ces lieux.


Pour en savoir plus sur les Vautours de Lozère :

  • www.vautours.org : un site de la LPO entièrement consacré aux vautours et dont la délégation est à l'entrée des gorges.
  • percnoptere.lpo.fr : consacré au vautour percnoptère, encore rare dans cette région mais en cours de réimplantation.
  • Belvédère des Vautours : vous donne les infos pour aller à la rencontre de ces oiseaux dans les Gorges de la Jonte.
  • Et bien sûr mes pages consacrées au Vautour fauve, dont la plupart des photos proviennent de cette région.

Juillet 2003, retour au pays des merveilles

En juillet 2003, nous voilà de retour avec de quoi garder plus de souvenirs. Un petit appareil photo numérique acquis au printemps et un ordinateur portable pour traiter les photos sans attendre. Toujours les mêmes jumelles (on ne peut pas investir tout azimut), mais une petite lunette prêtée par un collègue de travail, ornitho à ses heures, qui a opté pour un matériel plus élaboré.

Un gîte rural à La Caze, en bordure de la Jonte, au beau milieu des Gorges

Le gîte Agrinier et son potagerLe gîte Agrinier dans les Gorges de la JontePas une merveille cette lunette, une Helios Falcone 50 (de mémoire), un "caillou" qui ferait se tordre de rire le premier spécialiste venu. N'empêche, elle nous en a mis plein les mirettes, à condition que le ciel soit très lumineux, chose heureusement courante par ici, à cette saison. Elle est braquée sur la falaise où nous observons le dortoir ; fameuse distance n'est-ce pas, et pourtant, la vue est instructive quant aux moeurs de ces animaux. Un autre groupe vit dans les arbres, sur la falaise arborée qui fait face à l'arrière de la maison, une troisième falaise a son intérêt, côté façade de la maison, elle présente un nid, le dernier le plus à l'est de la région de nidification.

Vue de l'arrière du gîteCette année est l'occasion d'une autre découverte. Tombant par hasard, au détour d'un sentier, sur un bel et étrange insecte (un ascalaphe), il me vient l'idée de tester l'appareil photo en mode macro, si l'insecte veut bien y mettre du sien car pas question de le déranger pour autant (encore moins de l'occire bien entendu). Clic. Et le soir sur l'écran de l'ordinateur (qui révèle mieux les choses que les quelques malheureux centimètres carrés de celui de l'appareil) c'est le choc. LE choc, le grand, le révélateur : un monde nouveau est à la portée de ma main, de mon oeil, de mon objectif. Moi qui avais arrêté la photo argentique depuis vingt ans, je n'avais pas idée que l'on puisse tirer un tel parti de ces nouveaux appareils. Voilà comment je suis devenu chasseur d'insectes, parce que me prêter le titre d'entomologiste serait bien présomptueux. Mais la démarche est là : la photo, oui, mais pour mieux connaître, mieux comprendre. Le déclic aurait pu se produire ailleurs, mais ici, l'entomofaune tient du délire. Le potager de notre propriétaire, les friches des bords de la rivière qui le longe, à eux seuls m'offrent plus que je n'imaginais. Des choses étranges et merveilleuses s'animent sous mes yeux ébahis, tant il est vrai que l'on ne voit vraiment les choses qui nous entourent que quand on a décidé de les regarder.

Dortoir en falaise rocheuse du Causse Méjean

Le dortoir en falaise du Causse MéjeanLe balcon de notre gîte est un lieu privilégié. La maison étant située en pleine gorge de la Jonte, au lieu-dit "La Caze", l'observation devient confortable. Cette photo donne un aperçu de notre poste. Lunette braquée sur la falaise surplombant le haneau du Truel, un des passe-temps de la soirée consiste à vérifier si tout le monde est rentré ou si des galopins ont découché ! Nous avons en effet vue directe sur un dortoir de 15 à 20 individus qui attendent les pompes favorables sous un auvent magnifique. Il est aussi possible d'apréhender le mode de vie et l'organisation sociale du dortoir. Peu de heurts. Ailes ouvertes ou quelques pas de côté d'un air décidé en guise d'intimidation suffisent en général à remettre chacun à sa place. Les déplacements sont lents, les dos souvent tournés vers la falaise, surtout pour ceux qui sont tout au bord. Dans le fond on "s'assoit" un peu sur les coudes. Le matin, aux premières bouffées d'air chaud montant de la gorge, les plus dégourdis partent en ballade. Ces décollages nous ont toujours surpris, car rien dans l'attitude ne permet de les prévoir. Ils se font au passage d'une colonne d'air favorable, dans la seconde où elle se présente, sans hésitation apparente.

Dortoir en falaise arborée du Causse Noir

Dortoir en falaise arborée du Cauusse NoirLe balcon étant sur un angle de la maison, nous avons la chance d'avoir une vue directe sur les falaises des deux causses, très différentes, puisque ne bénéficiant pas de la même exposition. Le Causse Noir, exposé ici au nord, voit sa falaise, un peu moins abrupte et complètement couverte d'une forêt diversifiée de chênes et de pins essentiellement. Tournant notre lunette vers ce versant, un balayage ne nous a rien révêlé le premier jour car nous ne pensions trouver des vautours que sur les crêtes rocheuses éventuellement. Mais un soir, nous avons vu "rentrer" quelques individus vers cette zone et disparaître dans la végétation à peu de distance du sommet. Un examen plus attentif nous a alors offert un dortoir de 10 à 15 éléments, non sur les rochers mais sur le sommet de pins tapissant le fond d'une combe peu profonde à une vingtaine de mètres du sommet. Espèrant trouver là une colonie de vautours moines, nous redoublons de vigilance et de précision, mais non, ce sont des vautours fauves que nous retrouverons là tous les soirs à la disparition des dernières pompes de soirée. Il s'agit donc d'un dortoir et en aucun cas de nids, puisque le fauve ne niche jamais dans les arbres, contrairement au moine.

Nid en falaise du Causse MéjeanNid en falaise rocheuse du Causse Méjean

De la fenêtre opposée, nous avons vue sur un des derniers nids de la gorge (le plus gros de la colonie étant situé plus en surplomb du Roziers et dans les gorges du Tarn). Difficile de vous offrir meilleure photo. Vous jugerez par vous-même, en apercevant dans le coin inférieur droit de l'image principale le toit de la maison d'en face, juste de l'autre côté de la route, et qui vous donne l'échelle de l'ensemble. Brume de chaleur, qualité moyenne de la lunette, habileté du photographe (photo à la volée, sans bague d'adaptation autre qu'un morceau de tube dentifrice pour assurer la position axiale de la lunette et de l'objectif !) font que vous aurez du mal à reconnaître un vautour sur la vignette, la vision directe à la lunette étant nettement meilleure que ce résultat  ! Si de plus j'ajoute que sur la gauche du trou, il s'agit d'un jeune que nous avons vu quémander sa nourriture auprès de l'adulte à petits coup de bec sur le cou, vous n'avez plus d'autre choix que de me croire sur parole ! Il prendra son envol début août, après notre départ et nous n'aurons donc pas la chance d'assister à ses "premiers pas".

Randonnée en falaise sur le Sentier des corniches

Vols en falaisePartant du Roziers, petit bourg au confluent de la Jonte et du Tarn, ou de Cassagnes, hameau du Causse Méjean, on peut accèder à un bon sentier nommé "Sentier des corniches" d'où l'on dispose d'un panorama spectaculaire sur les gorges. Le plus beau tronçon suit le bord de la falaise rocheuse en procurant quelques sensations fortes à ceux et celles qui craignent l'abord du vide.

Au balcon des vertigesAu balcon des vertiges

Le comble est atteint au "Balcon des vertiges" bien nommé, dont je vous offre ici le panorama. Ces falaises magnifiques sont en surplomb du belvédère des vautours, lieu d'expositions et de présentation pédagogique du vautour, situé quatre cents mètres plus bas sur la route. En ces mois d'été, par grosses chaleur, dès dix heures du matin, le réveil a sonné pour de passionnants volatiles. Le soleil tape déjà dur sur le calcaire, l'air s'y réchauffe et monte le long de la falaise. Les vautours profitent de ces ascendances pour s'élever haut, très haut au-dessus du plateau. Appuyés au balcon, nous attendons patiemment qu'ils apparaissent. Trois fois nous sommes montés là-haut, jamais déçus. Ils sont toujours au rendez-vous. Pendant plus d'une heure, isolément ou par petits groupes, ils montent en-dessous de nous en grands cercles ou en huit, le long de la falaise. Certains passent à quelques mètres au dessus de nos têtes, ayant atteint une altitude suffisante pour rallier une autre zone en long plané, tenter la traversée de la gorge et rejoindre une ascendance sur l'autre versant, ou tout bonnement rentrer au dortoir. Ces falaises sont aussi fréquentées par les grimpeurs, il est alors plaisant de voir ces deux mondes se côtoyer sans encombre à quelques mètres !

Ces montages photo vous donneront j'espère envie d'aller sur place, car l'image seule ne peut décrire la majesté du vol observé à l'oeil nu, la vitesse du déplacement, ni le bruit de soie froissée à peine perceptible lors d'un passage tout proche. Quel coup de chance il faudrait pour capter le regard d'un vautour qui arrive droit sur vous ; sur place l'oeil a cette chance et la mémoire le conserve mieux que l'objectif. Ici, pas de fauconnier, pas de dressage, que de la liberté, de la grande, au grand air. Des animaux magnifiques, non imprégnés, mais ne craignant pas pour autant de survoler ces vermisseaux handicapés que nous sommes, avec nos petits bras ridicules que depuis Icare nous n'avons pas encore réussi à transformer en ailes !

Les vautours en plein ciel

D'une falaise à l'autre au gré des courants porteurs, nos compagnons animent le ciel au dessus de la vallée qui abrite nos vacances. Chacun son tour, virage sur le bord de la pompe, à gauche pour les gauchers, à droite pour les droitiers, l'essentiel et de s'élever le plus haut possible pour aller ensuite le plus loin possible. Le vautour, qu'il s'agisse du Fauve ou du Moine, est un planeur. Sa motricité est faible, il fatigue très vite à battre des ailes ; c'est un effort qui lui est très coûteux en énergie. Il compte donc sur la force du vent avec lequel il sait jouer à merveille et passe donc des heures à observer les courants qui lui permettront de décoller et de voler sans encombre.

Vallée du Truel

Rencontre avec un Vautour moine

Vautour moine en falaiseAu détour du sentier, montant dans la falaise du Causse Noir depuis les Gorges de la Jonte, l'oeil est soudain attiré par... quoi donc, une ombre, une masse, un mouvement... On sort les jumelles, on n'en croit pas ses yeux ; pourtant l'identification ne fait aucun doute, les jumelles sont plus performantes que le zoom de l'appareil photo : un vautour moine. Nous sommes trés fiers de notre trouvaille, il n'y a pourtant pas de quoi puisqu'elle est essentiellement dûe au hasard. Nous avons toutefois su approcher avec suffisamment de discrétion pour ne pas le troubler. Si loin de nous qu'il se trouve encore, il est en effet aux aguets car des promeneurs plus bruyants se font entendre sur le haut de la falaise, au-dessus de lui. Pendant une dizaine de minutes, assis dans l'herbe, coudes aux genoux, jumelles vissées à l'oeil, nous suivons sa réflexion à l'observation de ses mouvements. De face, de profil, de dos... c'est pour nous seuls qu'il fait son défilé de mode, mettant à ces occasions bien en évidence son "pull à col roulé" qui nous donne toute certitude sur son espèce.

Finalement inquiet pour sa tranquillité, il décide de quitter son perchoir, ouvre ses ailes immenses, prend le vent et plonge droit sur nous pour rejoindre une ascendance en surplomb de la rivière, passant ainsi à moins de dix mètres au dessus de nos têtes. Instant magique que l'appareil photo n'a pas eu l'idée de saisir tout seul (la technique a encore des progrès à faire !).

Il faudra revenir

Une fois de plus, les meilleures choses ont une fin, il faut songer au retour. Me reviennent en mémoire ces déchirements de la famille Pagnol à la fin des vacances dans les garrigues. La gloire de mon père, le château de ma mère... Le soleil, les sons, les odeurs, nous sommes un peu plus au nord, un peu plus à l'ouest, mais c'est proche, si proche... Il faudra revenir.


Digiscopie

La terrasse du gîte et la lunette braquée sur une falaise dortoirLes photos en incrustation de cette page ont été réalisées par la technique de la digiscopie. Celle-ci consiste à coupler un appareil photo numérique avec une longue vue terrestre. Sur la photo prise de la terrasse, vous devinez en avant-plan la lunette avec son adaptateur maison. Pas avare d'imagination, j'ai bricolé mon premier adaptateur pour l'occasion ; un morceau de tube de dentifrice coupé approximativement à longueur de l'objectif de l'appareil, encerclant l'oculaire de la lunette, et sur lequel je mets en appui l'appareil. Simplissime... mais précision nulle évidemment ! Ce dispositif peu élaboré me permet tout de même de rapporter quelques souvenirs, pas de grande qualité, soit, mais des souvenirs tout de même des dortoirs de la falaise qui font face à la terrasse. Matins et soirs nous observons l'activité de ce dortoir et après moults essais, nous obtenons des clichés intérressants sur le plan de l'observation. Il s'agit là de mes premiers essais de digiscopie. Un terme barbare pour une technique apparemment simple. On profite ainsi d'un zoom que ne pourrait pas offrir l'appareil, surtout dans mon cas où il s'agit d'un compact. Simple dans la méthode, beaucoup moins dans la réalisation, bricoler un couplage n'est pas chose aisée et réussir une bonne visée assortie d'une bonne mise au point nécessite une longue pratique ou un fameux coup de chance ! Les vignettes sont donc le résultat de ces essais, la grande photo indique l'environnement de la prise de vue. La première et la dernière sont prises de l'endroit même où ont été prises les vignettes correspondantes, ça donne une idée du facteur d'agrandissement ! A noter que depuis 2003, les fabricants de lunette ont bien compris le marché que représente cette technique et offre des solutions beaucoup plus efficaces. On fait aujourd'hui des photos fabuleuses avec cette technique, mais il faut maîtriser parfaitement le sujet... et le budget nécessaire ! De bons résultats ne peuvent être obtenus qu'avec du matériel (surtout côté lunette) de très haut de gamme.

Voir aussi :

En raison du volume d'information ou du nombre de photos disponibles sur ce sujet, l'ensemble a été découpé pour optimiser le chargement, n'hésitez pas à visiter aussi les pages suivantes : Accueil du dossier , 2002 aout , 2003 juillet , 2003 novembre .

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Par respect de la vie tous les clichés sont pris in vivo & in situ. N'étant pas un scientifique, j'ai pris le parti de photographier les animaux que je rencontre dans le plus grand respect de leur qualité de vie, en respectant les distances de sécurité de chaque espèce, sans les déranger dans leurs recherches de nourriture ou leur reproduction, notamment. Des contraintes qui apportent des frustrations qu'il faut accepter.