Un site de l'INRA
accueil / insectes / odonates / anax-imperator 

Anax imperator - Anax empereur

Les Aeshnidés représentent des libellules de grande taille dont les gros yeux se touchent sur le dessus de la tête.

Classification

: Insectes

: Odonates

: Anisoptera

: Aeshnidae

: Anax imperator


Noms vernaculaires

: Anax empereur


Physiologie

: 66-84mm

: 90-104mm


27 juin 2012, Etang communal, Pont sur Yonne (Yonne - France)
Anax empereur Il y a vraiment peu de doute sur la détermination de cet individu mâle d'Anax empereur. Thorax vert taché de bleu en avant des ailes, abdomen bleu (mâle mature) sauf S1 et S2 verts (S2 jaune bien marqué chez A. Parthénope), tout est là ! Et en plus celui-ci a eu la gentillesse de se poser devant moi... le temps d'un seul cliché, il ne faut pas abuser non plus !

 

27 juin 2012, Etang communal, Pont sur Yonne (Yonne - France)
Anax empereur J'aurai le même jour rencontré deux espèces phare de ces grandes libellules l'Anax empereur et l'Anax napolitain, chacune sur une rive du même étang. Cette femelle Empereur est en train de pondre et s'y reprend à plusieurs fois, à quelques mètres d'intervalle. Comme souvent, elle est accompagnée d'Agrions qui se posent volontiers sur elle, dans quel but ?... Anax empereur
Anax empereur Anax empereur
Ces photos ne montrent pas autant de détails que celles de 2006 ci-dessous mais j'ai aimé le jeu de lumière et d'ombre, le reflet mouvementé des ailes sur cette eau à contre-jour de fin d'après-midi.
Détermination confirmée
D'après le Guide des Libellules de Dijkstra et l'expérience accumulée suite aux longues discussions passées sur A. imperator et A. parthenope.
On notera ici en premier lieu que cette femelle pond seule, contrairement à A. parthenope qui pond en tandem (en compagnie du mâle qui la tient), puis l'absence de l'anneau basal jaune (S1) et le côté du thorax uniformément vert qui la distingue de certaines Aeschne avec laquelle on pourrait aussi la confondre. Pas de brun sur le dessus du thorax non plus. Tout concourt a priori pour en faire une impératrice !
Confirmation par le forum insecte.org où j'émettais un doute quant à l'apparente absence de pterostigmas. Un animateur me précise à ce sujet : "Regarde le reflet des ailes droites dans l'eau (photo du bas à droite), on voit très nettement les ptérostigmas. A ma connaissance, et j'ai vérifié sur toutes mes photos de femelles, elles ont toutes un ptérostigma ; mais il est parfois très fin, presque confondu avec la costale et la première radiale, parfois très pâle".
Je parlais bien d'apparente absence, me doutant bien que ce ptérostigma existait puisque c'est une cellule ballast qui en se remplissant plus ou moins d'hémolymphe permet de stabiliser le vol en limitant les vibrations de l'aile engendrées par la pénétration dans l'air du bord d'attaque de celle-ci.

 

Juillet 2006, Lavogne de Drigas, Causse Méjean (Lozère - France)
Lavogne de Drigas II fait très chaud et nous quittons les gorges pour chercher un peu d'air sur le causse. La lavogne de Drigas est réputée pour attirer de nombreux oiseaux, donc probablement aussi de nombreux insectes. Anax imperator
Ils sont nombreux effectivement ; des guêpes fouisseuses, des papillons en tout genre, des criquets innombrables, des demoiselles, des libellules... Ce sont elles qui nous intéressent sur cete page et particulièrement l'une d'entre elles que j'ai vu pondre sur la mare, activité qui l'a occupé une bonne demi-heure en plusieurs endroits de cette flaque d'eau trouble.
Anax imperator
Anax imperator
Anax imperator
Pendant tout ce temps j'ai eu la chance de pouvoir la photographier sous tous les angles ou presque. Commençons de dos pour une vue d'ensemble sur son corps, les ailes bien à plat, le bout de l'abdomen plongé dans l'eau. Et profitons d'une période de recherche de site de ponte pour la surprendre en vol. Exercice difficile en général, facilité ici par une attitude particulière ; elle se déplaçait en vol circulaire (ce qui me fait dire qu'il s'agissait d'une activité de recherche) en suivant une trajectoire rigoureusement identique à chaque tour, j'ai donc affiné mes réglages sur deux ou trois tours puis déclencher juste avant son passage devant l'objectif pour compenser le temps de latence au déclenchement et le déplacement. Tout cela étant fait à main levée, il y a beaucoup de loupés... et cette photo dont je ne suis finalement pas mécontent.
Anax imperator Les lieux de ponte diffèrent d'un moment à l'autre mais les attitudes restent identiques. L'abdomen se contracte de temps à autre. C'est un effort qui nécessite une compensation d'équilibre par quelques battement d'ailes (où faut-il voir dans ceux-ci un rôle moins évident comme ventilation ou camouflage ?). De photo en photo on admirera cet animal dans les détails de structure et de couleurs. Elle allie l'émeraude, la pourpre et la turquoise avec bonheur. J'ai eu la surprise de constater que des Agrions porte-coupe (Enallagma cyathigerum) semblaient la confondre avec leur propre femelle qui n'a guère pour réelle ressemblance que la dominante verte ! Quelle était donc leur raison exacte pour s'intéresser ainsi à elle ? Anax imperator
Anax imperator Anax imperator
Anax imperator Anax imperator
Anax imperator Anax imperator Anax imperator
la détermination précise fut difficile avant que d'être confirmée
Cyrille Deliry, sollicité pour déterminer cette espèce, me suggère A. parthenope "en raison de l'anneau jaune derrière les ailes au début de l'abdomen qui la distingue des espèces voisines". Des recherches complémentaires me confirment bien cette caractéristique mais personnellement, lisant la couleur de cet anneau plus verte que jaune je cherche à croiser les informations, et à partir de cette piste je découvre sur des ressources en lignes (sur la validité desquelles il convient toujours de rester prudent) d'autres clés de détermination qui précisent "le front est blanchâtre chez A. parthenope et vert chez A. imperator. En plus la coloration bleue de l’abdomen ne s’étend que sur les premiers segments de l’abdomen chez A. parthenope et la totalité de l’abdomen chez A. imperator. En outre, il semblerait qu’A. parthenope ponde en tandem (comme A. affinis) contrairement à A. imperator". Ces remarques correspondent à mes photos (anneau vert, segments bleus sur tout l'abdomen, front vert et ponte solitaire) mais il faut rester prudent, la nature a ceci en commun avec la langue française que les exceptions confirment souvent la règle ! Au moins ai-je déjà connaissance du genre avec certitude ! Cyrille me demande des photos en résolution maximale pour y trouver des indices pouvant lever le doute. Voici ces extraits de gros plans et les extraits de sa réponse qui intéresseront tout curieux de cette espèce comme je l'ai été.

Anax imperator

"Sur aucune photographie on ne voit les petites pointes sub-microscopiques que je croyais voir sur une des images. Donc le critère qui «tue» n'est pas disponible".

Anax imperator

"Par contre l'examen fin de la forme et de la taille de l'oeil, de la répartition de ses colorations, du dessin sur le front, de la plage bleue en avant du front, de la forme détaillée des pièces à ce niveau, viennent à mon sens affiner Anax parthenope, ce ajouté à l'anneau de l'abdomen dont j'ai déjà parlé, le faisceau converge. Les ailes très enfumées sont aussi un critère fréquent des femelles de parthenope, certes existant chez les vieilles femelles d'imperator... L'observation de la densité assez lache des cellules sur les ailes et la force relativement importante des principales nervures font aussi plutôt penser à A. parthenope. Je trouve un défaut ; ledit anneau "jaune" (verdâtre donc) me semble normalement précédé juste derrière le thorax au niveau de l'abdomen par une zone plutôt sombre, mais certes éclaircie sur les individus assez jeunes. A l'examen de toute sorte d'éléments parfois subtils, j'approche systématiquement parthenope, jamais imperator. Par contre, je ne dispose d'aucun élément critique qui permette une certitude absolue. Je suggère A.parthenope probable ou A.imperator douteux."

Anax imperator

"Le critère absolu est l'existence de petites pointes situées de part et d'autre du triangle derrière l'oeil. Il est le plus souvent nécessaire d'effectuer une capture pour le voir".

Anax imperator

Francis Bronnec, quant à lui, sollicité parrallèlement, écrit : "Je ne voudrais pas contredire C. Deliry mais sur vos photos les deux premières ont le thorax vert, le front bleuté au sommet et jaune vert en dessous. Quand je commençais les libellules, je croyais toujours que c'était A. parthenope alors que c'était toujours A. imperator femelle qui a le premier segment bleuté mais de manière beaucoup plus vive et tranchée que A. parthenope. C'est flagrant de loin : on voit comme un spot bleu et le reste de la libellule sans couleur distincte (maronnasse plutôt). Pour moi c'est le cas de le dire, y'a pas photos : A. imperator. En plus elle pond en solo, enfonçant profondément son abdomen dans l'eau de manière typique".
C. Deliry complète à son tour : "Si en effet ce thorax vert est plus fréquent chez imperator, il n'est pas exclusif et parthenope peut l'arborer. Ce critère seul est donc insuffisant... Ce qui me met le plus en doute en faveur de parthenope est l'anneau jaunâtre et les ailes enfumées. Le critère absolu aurait nécessité une prise en main et un examen à la loupe derrière les yeux (deux pointes), donc si les photos ne montrent pas celà et que les photographies ont des indices forts pour parthenope, et assez faibles pour imperator, ceci reste un parthenope probable, et un imperator douteux... Certes la ponte solitaire est un indice fort pour imperator, toutefois rien ne permet de conclure dans ce cas de figure, car un tandem dérangé peut voir la femelle terminer l'affaire seule. La rigueur voudrait à mon avis ici Anax sp. car nous ne sommes pas à 100 % de certitude".
Cyrille me joint dans un dernier message un montage photo extrait d'un ouvrage sur l'odonatologie européenne paru en 2006 (que je ne reproduis pas ici par respect du copyright). Ces photos montrent une plutôt vieille femelle mais typique d'Anax imperator au thorax et à l'abdomen entièrement vert, et une Anax parthenope femelle dans un état extrême de coloration bleue sur laquelle l'anneau jaune est loin d'être aussi vif que courrament représenté. Si cette dernière a effectivement le thorax plutôt brun, elle arbore des dessins et des couleurs du front identiques à ce que l'on retrouve sur mes propres photos et que n'arbore pas imperator. L'existence d'un anneau jaunâtre, alliée au dessin du front et aux ailes enfumées, engage donc à avoir un doute raisonnable contre Anax imperator, et un soupçon argumenté pour Anax parthenope, malgré la présence d'un thorax plutôt vert et un abdomen bleu qui ne sont donc pas, comme nous le voyons, des critères stricts.
Ces dernières précisions montrent à quel point il est délicat pour un néophyte de s'en tenir aux critères que l'on peut trouver dans la littérature, même spécialisée, car ce sont le plus souvent les critères évidents, les plus communs, qui y sont relatés, et non les détails et nuances dûs aux conditions locales, à l'âge... qui se rencontrent sur un individu en particulier. Les dessins et/ou photos publiées dans les guides les plus courants ne montrent également le plus souvent que ces critères évidents et peuvent conduire à une détermination approximative, voire erronnée. Pour le photographe naturaliste que je suis (et non pas naturaliste photographe), il convient donc d'adopter une conduite plus que prudente en la matière.
Conclusions :
- Cyrille Deliry : A. parthenope probable ou A. imperator douteux.
- Francis Bronnec : A. imperator (mais sans certitude absolue).
Cyrille Deliry revient en mars 2011 pour corriger ses dires : "Je suis désormais en mesure de confirmer avec une bonne certitude que cette Libellule est bien Anax imperator. Après examen de nombreux individus, photos et contrôles, la couleur verte du thorax est devenu un critère globalement fiable. Je ne lui connais désormais pas d'exception. On progresse tous... un jour". Je décide finalement de migrer l'espèce dans la rubrique correspondante et mon Anax parthenope devient définitivement (mais qui en jurerait ?) Anax imperator.
En janvier 2012 (un peu avant que je ne migre cette page à son emplacement actuel en confirmant la "définitive" détermination de l'espèce) Pierre Juliand, coordonnateur Ardèche du GRPLS (Groupe de Recherche et de Protection des Libellules « Sympetrum »), enfonce encore le clou en faveur de A. imperator en se basant particulièrement sur les critères : "thorax vert, dessins abdominaux d'imperator, ponte en solo (tandem chez parthenope)".
accueil / insectes / odonates / anax-imperator 
Par respect de la vie tous les clichés sont pris in vivo & in situ. N'étant pas un scientifique, j'ai pris le parti de photographier les animaux que je rencontre dans le plus grand respect de leur qualité de vie, en respectant les distances de sécurité de chaque espèce, sans les déranger dans leurs recherches de nourriture ou leur reproduction, notamment. Des contraintes qui apportent des frustrations qu'il faut accepter.